François Jauvion

 

francois jauvionAu premier abord, le travail de François Jauvion semble joyeux, coloré et… inoffensif, comme l’artiste lui-même. Les visiteurs s’approchent, ils rient, ils commentent « oh les couleurs flash ! » «  et tu as vu les vaches folles ? » « C’est qui Sainte-Dépression ?" . Et puis les titres des oeuvres commencent à fermenter dans leur cerveau, ça mijote et ça réveille des pensées pas très agréables:  c’est l’effet boomerang, en douceur…

Derrière les couleurs acidulées et l’humour, les thèmes de société se rappellent au bon souvenir des visiteurs qui préféreraient les oublier: dérèglement climatique, Roms, maltraitance des animaux, crise des migrants, faits divers sordides… Si l’esthétique des triptyques et des dessins renvoie souvent à l’univers de la BD ou des dessins animé,s c’est pour faire ressortir l’enfant qui se cache dans chaque visiteur. Un enfant, ça voit la réalité sans filtre et sans a priori, spontanément, et c’est beaucoup plus sensible à l’injustice que les adultes.

Car F. Jauvion dissimule mal une grande tendresse pour les exclus, les faibles et les animaux derrière son humour caustique. En revanche il n’a aucune indulgence pour les multinationales, les tyrans et les prêtres pédophiles: l’artiste serait-il un coeur tendre au fond? Oui bien sûr ! Ses poules enfermées dans le Goulag animalier opinent du bec comme le petit vieux qui confond sa cuillère avec la télécommande: c’est le monde qui est cruel, alors autant en parler avec ironie et tendresse. Les reliquaires constituent ainsi un panorama décalé des fléaux des années 2000, sans hiérarchie et dans le désordre: H1N1, tauromachie, tempête et inondation, chômage… Reliquaires, ex-voto ou ex gris-gris à chacun de se débrouiller avec sa conscience. L’artiste, lui, appuie directement là ou ça fait mal.

Humour caustique et regard d’enfant, couleurs vives mais sujets lourds, aspect religieux pour objets sociologiques, les visiteurs encore sonnés par le boomerang neurologique titubent. Ça se perd vite, l’habitude de réfléchir. Jauvion, l’artiste qui vous met KO sans montrer les poings !

Olympe Lemut

 

At the first look, the work of François Jauvion seems joyful, colorful and... inoffensive, like the artist himself. The visitors approach, they laugh, they comment “oh flashy colors!” “and have you seen the crazy cows?” “Who is the depression of the Saint?”. And after, the titles of the works begin to ferment in their brains, it simmers, and it awakes not very pleasant thoughts: it is the boomerang effect, gentle... 

Behind the acidulous colors and humor, the themes of the society recall the good memory of the visitors, of the themes one would prefer to forget: climatic disruption, Romani people, mistreatment of animals, emigrant crisis, sordid news... If the esthetic of the triptychs and the drawings often recall a universe of comics or cartoons, it is to make the child that hides in every visitor emerge. A child sees the reality without filter and without prejudice, spontaneously, and its much more sensible than the injustice of adults.

Because F. Jauvion conceals a great tenderness for the excluded, the weak and the animals behind his sharp humor. On the other hand, he has no indulgence for the multinationals, the tyrants and the pedophile priests: does the artist have a tender heart deep down? Yes of course! His chickens locked in the gulag nod the beck like the little old man that confuses his spoon with the remote control: it is the world that is cruel, so much to speak with irony and tenderness. The reliquaries also constitute an offset panorama of the scourges of the 2000s, without hierarchy and in disorder: H1N1, bullfighting, storm and flood, unemployment... Reliquaries, ex-voto or ex gray-gray has each one to cope with their conscience. The artist, he presses directly where it hurts.  

Caustic humor and child's eyes, bright colors but heavy subjects, religious aspects for sociological objects, the visitors still stunned by the neurological boomerang stagger. It gets lost quickly, the habit of thinking. Jauvion, the artist who puts you knockout without showing the fists! - Olympe Lemut